Mon ami l’étranger

Parfois, mon grand-père me propose de publier certains de mes billets art, culture ou voyage dans le journal associatif pour lequel il écrit depuis plus de trente ans (il a aujourd’hui 92 ans) : Culture & Liberté. C’est ainsi que ce mois-ci, mon avis sur le film « Qu’Allah bénisse la France » et mon billet sur l’Atelier du Peintre se sont retrouvés sur le papier. Aujourd’hui, c’est moi qui ai décidé de retranscrire son article « Mon ami l’étranger ».

« Plus qu’un ami… mon gendre, Ali-Reza, est Iranien. Progressivement, nous nous sommes découverts avec nos différences, mais aussi avec nos sentiments communs. Je lui ai donné ses premiers cours de français. Je lui ai fait visiter Paris. Il m’a fait connaitre son pays.

En effet, avec lui, mais aussi avec mon épouse, ma fille et ma petite-fille, j’ai, en 1994, séjourné deux semaines en Iran. Je n’oublie pas l’accueil chaleureux de la famille (ils étaient plus de vingt, à deux heures du matin, à notre arrivée à l’aéroport), le désir mutuel de communiquer, les attentions dont nous étions très souvent l’objet : à titre d’exemple, lors des repas, les chaises et les tables amenées spécialement pour nous éviter d’être longtemps assis par terre, dans la rue le geste amical de celui ou de celle qui nous prenait le bras pour nous aider à traverser le flot des deux et quatre roues.

Je me souviendrai toujours de Farhad, un neveu de mon gendre, décédé depuis, qui, à Téhéran, avait souhaité m’accompagner à la poste pour y affranchir du courrier. Pendant les trajets, nous essayions d’échanger par l’intermédiaire de l’anglais. Mais, compte-tenu de mes difficultés, il s’est précipité, au retour, dans une librairie pour me procurer un dictionnaire français-anglais.

Quelque temps avant ce mémorable voyage, j’ai participé, pendant six ans, comme moniteur, à l’alphabétisation de travailleurs immigrés. Ce fut pour moi une riche expérience, l’occasion de connaître des hommes et des femmes de diverses nationalités et de m’efforcer de répondre à leur soif d’apprendre.

Puis à ma retraite, en 1980, je suis devenu accueillant dans un lieu inter associatif du Forum des Halles. Là, également, j’ai rencontré de nombreux étrangers que j’étais chargé de renseigner et d’orienter, ce qui n’excluait pas, parfois, un temps de dialogue.

Le 3 décembre 1983, je me suis joint à quelques camarades pour participer à la grande marche, dans Paris, pour l’égalité et contre le racisme, surnommée « La marche des Beurs », partie de Marseille, mais dont l’initiative avait été prise aux Minguettes, cité de la banlieue lyonnaise, à la suite du meurtre, au cours de l’année, de plusieurs étrangers. C’est encore pour moi un souvenir marquant : cette foule immense où se mêlaient Français et immigrés, ces slogans unitaires, ce coude à coude de plusieurs heures combien émouvant, cette réflexion d’un maghrébin s’adressant à moi: « Je n’aurais pas cru… Je ne me sens pas seul… C’est beau ! ».

Plus tard, en 1998, j’ai rendu visite à un groupe d’une trentaine d’immigrés sans-papiers, surtout originaires de Maghreb et d’Afrique noire, qui occupaient des locaux de la paroisse Saint-Paul de Nanterre pour protester contre l’injustice qu’ils ressentaient dans le refus de régulariser leur situation. Je suis allé vers eux. Je les ai écoutés. Et j’ai relaté cette visite dans le présent journal.

Je terminerai ces témoignages par une anecdote. Quand je travaillais, j’avais toujours plaisir à renseigner, dans les rues de Paris, des touristes étrangers cherchant à atteindre telle ou telle destination. Je me revois, un matin, abordé, place de l’Opéra, par un couple sympathique d’Italiens, parlant bien français qui voulait aller au Musée du Jeu de Paume. Mais, au risque d’arriver plus tard à mon bureau, je les ai accompagnés jusqu’au lieu souhaité, profiter du trajet pour échanger avec eux.

Mon expérience peut paraître banale. Elle se compare sans doute à celle d’un certain nombre d’entre vous chers lecteurs et lectrices.

Je pense, par ailleurs, qu’il ne faut pas dresser un tableau trop idyllique de ces relations avec étrangers. Les différences de cultures peuvent engendrer parfois quelques conflits.

Je ressens, en tout cas, le besoin, sur mes vieux jours, de revenir vers le passé, et c’est ainsi que j’ai eu le désir d’évoquer ici le souvenir de ces rencontres et la richesse des échanges que j’ai pu avoir au cours de ma vie, avec des étrangers. »

Pierre LEROUX

C’est ainsi que je souhaitais terminer l’année, sur ces belles et sages paroles ainsi que sur ce message de solidarité et tolérance. Passez un excellent réveillon du 31 et à l’année prochaine ! 😉

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